7 Papa Chef et les symboles nationaux

 

Le contrôle et la manipulation des symboles français et indonésiens assurent une double affiliation politique à Papa Chef qui lui permet d’harmoniser l’identité nationale indonésienne et la participation à la société guyanaise française .

La manipulation des symboles politiques

Plusieurs symboles politiques sont exposés dans sa maison.
En premier, les symboles de la France sont nombreux : la maison est peinte en bleu, blanc et rouge, les tables de la salle principale, qui sert de salle de réunion et de restaurant, sont recouvertes d’un tissu blanc traversé au centre par une bande rouge et les bancs sont bleus. Selon Papa, le rouge et le blanc des tables représentent les couleurs de l’Indonésie et leur combinaison avec le bleu des bancs identifie l’ensemble à la France.
En outre, la photo du Général de Gaulle est en évidence dès qu’on entre dans la pièce et de nombreuses effigies de Napoléon Bonaparte (publicité du Cognac Napoléon ) sont épinglées sur les murs et symbolisent les Chefs de la France.
Les symboles de la République d’Indonésie ne manquent pas non plus.
Il a fabriqué un aigle, emblème de l’Indonésie, d’une envergure de près d’un mètre ; cet aigle est visible dès l’entrée.

Aigle indonésien
C’est un symbole mythique et politique : l’aigle aurait apporté la divinité hindoue, VISHNOU, à Java. Il représente aussi la résistance et la victoire des Indonésiens face aux 350 années de colonisation hollandaise à Java.
Les plumes des ailes, de la queue et du cou de l’emblème sont respectivement aux nombres de 17, 8, 45, qui correspondent à la date de la proclamation de la République indonésienne par le Gouvernement Sukarno.
Sur la poitrine de l’aigle, un buffle symbolise la force et la volonté de la population ; un arbre, la richesse ; une grappe de riz et une fleur de coton, la nourriture et l’habillement ; une chaîne aux segments ronds, symboles de la femme, et aux segments allongés, symboles de l’Hommes, représente la solidarité et l’égalité entre les sexes ; au centre de ces quatre symboles, une étoile représente la « lumière intérieure de Bouddha ».
L’aigle tient dans ses pattes un croissant de lune sur lequel est écrit : BHINNEKA TUNGAL IKA, qui signifie « trois mille différences unies ». (Unité dans la diversité), car l’archipel indonésien comprend trois mille Iles unifiées par le gouvernement républicain.
En plus de cet aigle, sur le mur de gauche se trouve une photo encadrée, de 60 x 80 cm, du président Sukarno. Sur le mur opposé la photo du chef, en costume militaire lui fait face .

La Fête nationale indonésienne

Le symbolisme politique prend toute son importance le jour de la fête nationale indonésienne.
Les préparatifs pour cette fête, qui a lieu chez le chef, commencent plus de quinze jours avant l’anniversaire de l’indépendance indonésienne.
Chaque famille du village doit contribuer une somme d’environ vingt francs et 50 poules sont tuées . Aidées par femmes du village, Maman Chef prépare le festin. Pendant quatre jours, elles cuisinent toute la panoplie d’aliments traditionnels ; poulet, brochettes de cubes de bœuf, nouilles, salades, crème de riz
.
Les seize août, tous les Javanais du village se réunissent chez le chef vers vingt heures, les hommes et les femmes séparées. Les gendarmes du bourg de Sinna­mary et leurs épouses, un représentant du maire ainsi que quelques amis métropolitains et guyanais sont présents.
On leur sert du thé, des cigarettes, des boissons gazeuses et alcooliques (rhum) et des gâteaux.
Le chef fait alors un discours dans lequel il parle de la bonne vie à Java et de leur chance d’être en Guyane française plutôt qu’au Surinam.
Il chante quelques chansons traditionnelles et les discussions se poursui­vent jusqu’à huit heures
.
A neuf heures, ils se réunissent tous dans la cour devant la maison. De chaque côté ,flottent les drapeaux indonésien et français. Les hommes et les femmes se sont placés séparément, en arc de cercle, de part et d’autre du chef.
Pour cette occasion, il a revêtu un habit de «patriote» simili-militaire et porte les drapeaux nationaux croisés sur sa poitrine ; les hommes ont mis le costume officiel du village (pantalon sombre, chemise blanche et képi noir de Sukarno) et les femmes, leurs plus beaux sarong et blouses de dentelle importée d’Indonésie, ainsi que tous leurs bijoux.
Le chef lit la déclaration de l’indépendance dans une vieille publication de l’ambassade indonésienne de Paramaribo.
Pendant plus de vingt minutes, il raconte les principales étapes de l’indépendance et parle de loyauté envers l’Indonésie.
Tous gardent le silence et se tiennent très droits . Certaines femmes pleu­rent.
Le discours se termine par un rappel vibrant de la bonté du gouvernement français pour avoir reçu les immigrants javanais.
Vers 9:30 heure, tous les invités entre dans la maison pour le repas qui se terminera par des discussions et des jeux pour les enfants jusqu’aux environs de minuit.
La collaboration des habitants javanais du village et de l’extérieur, ainsi que la présence de représentants du gouvernement guyanais confère un caractère officiel à cette cérémonie qui, d’année en année, assure une continuité dans la reconnaissance publique du rôle du chef.

stat chef

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