Des Javanais en Nouvelle-Calédonie

L’expérience Javanaise en Guyane a été de courte portée, elle répondait à un besoin et à des moyens limités. Venus volontairement, ils ont géré eux-mêmes les modalités de leur insertion.

Au Surinam, leur statut social était bien différent, travailleurs sous contrat, cela a pris plusieurs générations pour qu’ils émergent de leur condition servile. Cette situation est comparable à celle des Javanais venus sous contrat en Nouvelle-Calédonie, un territoire français au statut de collectivité dans les îles du Pacifique Sud.

Une équipe de recherche de Jean-Luc Maurer a publié les premières études contemporaines sur l’histoire culturelle des Javanais. Une synthèse est présente sur wikipedia

https://fr.wikipedia.org/wiki/Indon%C3%A9siens_de_Nouvelle-Cal%C3%A9donie

Première constatation des auteurs : quand il y a des problèmes économiques, les Javanais optent pour l’innovation, car ils sont «paysans riziculteurs de génie» et n’émigrent pas, comme les Chinois par exemple, préférant «l’organisation sociale harmonieuse de leurs villages».

Sauf les deux exceptions que sont le Surinam et la Nouvelle-Calédonie.

Dans les deux cas, ce sont les colonisateurs qui ont voulu les engager pour stabiliser les économies de leurs autres colonies.

Pour la Nouvelle-Calédonie, les Français ont  avec les Hollandais pour substituer des immigrants au peuple Kanak et « pour aider les colons français à mettre en valeur une île où la population mélanésienne, décimée par les maladies amenées par les Blancs, se refusait à travailler pour ceux qui les spoliaient de leurs terres et anéantissaient leur culture»

Les Javanais sont arrivés à partir de 1896 et un siècle plus tard, en 1996, ils étaient 5, 000, soit 2,5 % de la population du territoire.

Le texte présente une « Histoire condensée » dont les grandes lignes sont intéressantes pour l’Histoire culturelle des Javanais de Guyane puisque les conditions de vie originales de Java étaient les mêmes.

L’opération coloniale de la « Compagnie des Indes Orientales» est décrite comme « brutale et vorace » basée sur la « livraison forcée » du poivre et du café. Véritables pilleurs, les cadres incompétents et corrompus amènent la compagnie à la faillite.

L’Indonésie était tellement importante pour la Hollande que la « Couronne hollandaise» a dû prendre charge de la colonisation. La raison était que le pays a subi les contrecoups de la Révolution française et de l’aventure napoléonienne et a voulu financer sa reconstruction en exploitant à l’excès ses possessions coloniales.

Ils ont donc implanté un système d’exploitation radicale, la pire période depuis l’arrivée des colonisateurs.

Ils ont obligé les Javanais à consacrer leur bonne terre à la canne à sucre au détriment de leurs besoins alimentaires ce qui a amené la famine et. Mais en plus, de nouvelles pratiques médicales améliorent la fécondité et entraînent une explosion de la population. Moins de terres agricoles et plus de monde à nourrir causent une augmentation de la pauvreté.

Pendant ce temps, en Nouvelle-Calédonie, l’agriculture tropicale dont a besoin la métropole française périclite et, comme en Guyane, on tente d’y implanter des bagnards et d’amener différents immigrants facilement exploitables et bon marché.

Finalement, devant le peu de succès de ces entreprises, ils ont fait venir des Javanais sous-contrats, principalement pour travailler dans les plantations de café et ensuite , dans les mines de nickel.

Comme ailleurs, ils ont été appréciés pour la qualité de leur travail et pour leurs attitudes générales.

L’économie local a subi les effets de la crise de 1929 puis de la guerre, surtout qu’en Indonésie les Japonais prennent la colonie et encouragent son indépendance proclamée par Sukarno le 17 août 1945.

Mais les Hollandais ont refusé de la reconnaître et ont poursuivi leur guerre pendant 4 ans de plus jusqu’en 1949 quand ils ont enfin reconnu l’indépendance de l’Indonésie.  Ce que Papa Chef appelait la « Revolusi ».

Voir ce petit texte de Wiki sur cette révolusi :

https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_nationale_indon%C3%A9sienne

Les Américains en guerre se sont installés en Nouvelle-Calédonie et ont engagé plusieurs Javanais qui ont appris les métiers d’ateliers et de transports qui ont été mis à profit jusqu’à aujourd’hui.

Bien que plusieurs centaines soient retournés en Indonésie, ceux qui sont restés en Nouvelle-Calédonie ont nettement amélioré leur sort et travaillent à revaloriser leurs traditions culturelles.

Références

Jean-Luc Maurer, Les Javanais du Caillou : des affres de l’exil aux aléas de l’immigration. Sociologie historique de la communauté indonésienne de Nouvelle-Calédonie Avec la collab. de Marcel Magi et une contribution de Marie-Jo Siban. Paris, Association Archipel, 2006, 367 p., bibl., ill.

Ce texte est facilement accessible « Les Javanais de Nouvelle-Calédonie: des affres de l’exil aux aléas de l ‘intégration» de Jean-Luc Maurer Autrepart (22). 2002 :67-90 et se trouve ici : https://www.cairn.info/revue-autrepart-2002-2-page-67.htm

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