Les femmes javanaises sous contrat servile dans les plantations au Surinam

Je traduis « INDENTURE Labor » qui signifie travail sous contrat utilisé en anglais par « contrat de travail servile » pour mieux rendre compte de la véritable situation des travailleurs et travailleuses concernés.

femmes cannes

Introduction

L’historienne Rosemarijn Hoefte a examiné des documents d’archives de la plantation de Marienburg pour tenter de reconstruire ce que vivaient les femmes immigrantes contractuelles indiennes (Hindoustanis au Surinam, je ne sais pas si le terme est péjoratif) et indonésiennes au Surinam.
Son but est de combler le manque d’information sur le sujet sauf des mentions de l’historien Pieter Emmer (1983) qui avait conclu que les conditions de vie des femmes étaient meilleures au Surinam qu’en Inde parce que la migration fut un ‘vehicle of female emancipation’.
Il croyait que ces femmes avaient volontairement choisies de partir et qu’elles ont pu profiter de ces contrats pour mener une vie plus libre que dans leur pays d’origine
Pour Rosemarijn Hoefte, s’ajoutait l’oppression sexuelle et de genre. Non seulement les femmes étaient violemment convoitées ou soumise à un ordre patriarcal mais elles étaient réduites aux travaux peu payés et aux tâches considérées typiquement féminine.

L’oppression dans la plantation

Abolition de l’esclavage et bas prix de la main-d’œuvre de remplacement
Entre 1863, année de l’abolition de l’esclavage au Surinam et la libération réelle des esclaves, il s’est passé dix ans. Il y eut un peu de changements, les ouvriers libérés ont continué à travailler pour les planteurs, mais ont obtenu le droit de circuler dans le pays, de changer de patron ou d’aller en ville.
Mettant à profit cette période de transition, les planteurs ont cherché des alternatives en Asie, en Inde et à Java. Le but était de trouver des travailleurs encore meilleurs marché que les ouvriers libérés de l’esclavage. Ils ont donc concocté des contrats qui allaient faire baisser le prix de la main-d’œuvre dans tout le pays.
Ces contrats obligeaient à travailler pendant 5 ans, 6 jours par semaine sauf quelques jours fériés. Les travailleurs devaient rester sur une plantation spécifique et n’avaient pas le droit de changer d’employeur. Ils devaient faire tout ce que l’employeur demandait au moment où il le voulait.

La discipline de plantation

La première et la plus évidente manière de dominer et de contrôler les travailleurs étaient la menace de poursuites en en cours pénale pour non-respect de contrat avec le risque d’être condamné à des peines de prison et des amendes. Toute désobéissance était donc considérée comme un crime.
Des poursuites étaient intentées en cas de travail mal fait ou de refus d’exécuter une tâche, même sous prétexte de dangerosité.
Le travailleur était responsable des bris causés par la négligence ou la perte de tout outil, machinerie ou autre objet appartenant au domaine. L’ivresse; la paresse; le manque de volonté de travailler; le langage abusif ou l’opposition par la parole ou le geste à toute personne en autorité; les absences sans autorisations ou la désertion étaient des crimes.
Par contre, pour porter plainte contre un patron, le travailleur devait demander une passe au patron pour aller au tribunal, ce qui était difficile à obtenir…
Il était facile de se tromper dans la réalisation des tâches parce que les patrons pouvaient prendre des décisions arbitraires et définir les conditions de travail comme bon leur semblait.
En principe, le planteur devait selon le contrat verser un salaire horaire, mais il préférait payer à la tâche. C’était plus rentable surtout que la norme était fixée à partir du rendement des ouvriers les plus forts et les plus performants. Peu de personnes pouvaient y arriver et ils étaient donc moins payés que la règle.

La question des femmes

Il y avait moins de femmes que d’hommes sur les plantations.
En théorie, il devait y avoir 50% de femmes parmi les recrus. En réalité, comme les planteurs voulaient des hommes forts pour leur gros travaux ( couper les arbres, creuser, couper la canne à sucre) les femmes ne pouvant faire que de légers travaux ( travail à l‘usine, fertiliser, désherber) étaient en outre limitées par la maternité. (On leur demandait tout de même de retourner au travail quelques jours seulement après l’accouchement)
Mais, en même temps, les femmes étaient essentielles pour reproduire la main-d’œuvre, les attacher à la plantation par la famille et stabiliser ainsi la force de travail par les femmes.
Entre (1890-1939), ce sont 37% des engagés qui étaient des femmes.
Le recrutement des femmes posait problème. On évitait les femmes indépendantes comme les, commerçantes ou des femmes autonomes qui vivaient hors des cadres familiaux habituels. Dans ces cas, elles passaient pour prostituées! On cherchait de préférence des femmes dociles et soumises.

La discrimination du genre féminin

En sociologie, le genre diffère du sexe : celui-ci est une fonction biologique, le genre est une fonction sociale.
Sur les plantations les femmes étaient socialement définies non par le sexe, mais par la division du travail : servantes, sages-femmes, laitière, porteuse d’eau, tisserande, potière, horticultrice , poissonnière…

La discrimination patriarcale

Les relations entre hommes étaient compliquées par le manque de femmes. Plusieurs n’avaient pas accès à une compagne et la rivalité entre hommes avait pour conséquence un contrôle souvent violent des femmes par leurs conjoints jaloux. Les hommes forts voulaient accaparer les plus jolies femmes (most attractive women)
D’autant plus qu’à Marienburg, plusieurs Européens s’accaparaient une femme javanaise comme compagne.
L’idéal était de fonder un ménage le plus tôt possible, pendant le voyage entre Djadi (compagnons de voyage) ou dans les dépôts où ils attendaient de partir. Sinon le plus tôt possible, à l’arriver. Chaque homme obtenait une chambre et il devait la partager avec l’une des nouvelles arrivantes. Dans certains cas, les femmes pouvaient s’associer à plusieurs hommes qui agissaient chacun comme un conjoint.
Les planteurs qui voyaient comment les femmes devenaient dépendantes des hommes pour leur survie, se trouvaient justifiés de les payer des sommes dérisoires puisqu’elles avaient un support financier.

La résistance au régime de plantation

Les travailleurs javanais avaient la réputation d’être docile et obéissant et les femmes encore plus.
La résistance au régime avait peu de chance de s’exprimer violemment même s’il y eut des grèves violentes.
Les Javanais pratiquaient la non-violence : s’absenter, refuser une tâche se traîner les pieds faire le con ou l’idiot…faire le paresseux…des stéréotypes idéaux pour un superviseur raciste. Mais, d’autres ne pouvant supporter cette vie se sont suicidés, d’autres ont participé à des sabotages de trains, de récoltes, des incendies criminels ou des attaques de contremaîtres.
L’auteure mentionne un cas de marronnage javanais. Un homme nommé Pa Kasnawi raconte comment il a déserté et nagé pour traverser la rivière Commwijne , marché dans la forêt pendant une semaine et abouti en pays Saramacca chez un Hindoustani qui se cachait. Il fut attrapé après 3 ans de marronnage et mis en prison pour 1 mois.

Une révolutionnaire javanaise

Rosemarijn Hoefte a trouvé une mention de l’assassinat d’un javanaise dans les archives. Elle fut tuée en 1884 lors d’une grève à la plantation Zorg & Hoop
Dans un autre cas, une Javanaise de la plantation de Marienburg avait participé activement aux protestations politiques des années 1930. Elle était une correspondante pour un journal d’opposition De Banter van Waarheid en Recht. Elle rédigeait ses articles le soir tout en préparant ses repas. Elle décrivait les batailles des Javanais et des Indo-anglais à Paramaribo. Elle lisait des journaux indonésiens interdits à voix haute pour que ses compatriotes soient informés de la situation des nationalistes là-bas. (Hoefte, 1987a).

Papa DeKom, le messie du rapatriement javanais

Les Javanais l’appelaient Papa DeKom.
Dans les années 1930 le retour à Java est devenu une véritable passion populaire et on attendait qu’un messie vienne concrétiser ces projets. Un grand orateur afro-surinamien Anton de Kom est alors apparu sur la scène politique et a fait appel aux Javanais en promettant leur rapatriement.
Révolutionnaire anticolonial, il était prof en Hollande quand il est revenu au Surinam en pleine dépression économique, il a ébloui par ses discours tous ses compatriotes créoles indo et Javanais qui lui attribuait une mission divine au nom d’Allah.
La rumeur d’un retour imminant à Java grâce à De Kom s’est répandue dans les plantations et les travailleurs ont commencé à résister aux ordres par un silence récalcitrant.
Ils ont arrêté De Kom et des milliers de partisans ont manifesté à Paramaribo pour sa libération.
Quand ils ne se sont pas dispersés, la police a tiré des coups de semonce puis directement dans la foule. Il y eu 2 morts et plusieurs blessés.
Désillusionnés, les Javanais rentrèrent dans leur plantation, amers et désappointés.
Néanmoins, 23.3% des Javanais sont retournés Indes Orientales ( Indonésie ) entre 1896-1939. Plus de 32 % étaient des femmes.Les Javanais l’appelait Papa DeKom.

De Kom : héros surinamien

Plusieurs sources en lignes sont accessibles sur Anton De Kom
Wikipedia
Kim Andringa «Anton de Kom, historiographe. La construction d’un passé national pour les esclaves du Surinam»
Anton de Kom – Black is Beautiful
Une biographie de De Kom en 6 épisode en hollandais images d’époque et entretiens. Un javanais âgé parle de De Kom
Vidéos et témoignage Anto De Kom
Site de référence sur le rapatriement javanais
Vidéo sur le rapatriment
Les « travailleurs contractuels » javanais reviennent du Suriname à leur patrie avec le navire Langkoeas en 1954. Ce qui est arrivé au navire et comment les Javanais s’installèrent en Indonésie on voit dans le documentaire « Langkoeas 1954 » réalisé par Jenny Kromodimedjo et Carlo Djaoedji.

Références

Toutes ces informations sont tirées de ces deux textes et toutes erreurs sont miennes
FEMALE INDENTURED LABOR IN SURINAME: FOR BETTER OR FOR WORSE? Author(s): Rosemarijn Hoefte Source: Boletín de Estudios Latinoamericanos y del Caribe, No. 42 (Junio de 1987), pp. 55-70 Published by: Centrum voor Studie en Documentatie van Latijns Amerika (CEDLA) Stable URL: http://www.jstor.org/stable/25675329
International Labor and Working-Class, Inc. A Passage to Suriname? The Migration of Modes of Resistance by Asian Contract Laborers Author(s): Rosemarijn Hoefte Source: International Labor and Working-Class History, No. 54, Migration, Labor Movements, and the Working Class (Fall, 1998), pp. 19-39 Published by: Cambridge University Press on behalf of International Labor and WorkingClass, Inc. Stable URL: http://www.jstor.org/stable/27672499 Accessed: 16-09-2017 01:10 UTC
Des rapports coloniaux du Surinam «Koloniale Verslagen sont en ligne https://deniekasan.wordpress.com/2010/01/22/koloniale-verslagen-suriname-online/
Ce texte est une traduction infidèle : je résume dans mes mots et ceux des auteurs sans y mettre les formes conventionnelles et je choisi ce qui me semble compléter l’expérience javanaise en Guyane. Le but est d’informer à propos des recherches extraordinaires peu accessibles en dehors du milieu universitaire. Il est évident que toutes ces informations proviennent des auteurs et de leur propre références.
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