Identité et développement culturel javanais au Surinam

Indonésien, Javanais, Hollandais, Surinamien, Guyanais, Français

Les jeunes descendants des immigrants javanais nés ou éduqués en Guyane avaient plusieurs choix de dénomination identitaire quand ils devaient se définir devant des étrangers et entre eux-mêmes.
Papa Chef avait fait de la citoyenneté indonésienne le critère de sélection des immigrants. Ils étaient donc tous Indonésiens à quelques exceptions près. À partir de 1968, les jeunes se définissaient de plus en plus en tant que français de Guyane. La culture locale et métropolitaine leur étant accessible, ils y puisaient leur inspiration par le cinéma, la musique, les attitudes et les langues.
Au Surinam, les jeunes générations voient la Hollande comme leur métropole identitaire et non l’Indonésie selon l’enquête de Parsudi Suparlan et de Pamela Allen. Ils aiment la « Dutch-Western culture » comme ceux de Guyane aiment « la culture occidentale française ».
Mais qu’en est-il de l’identité culturelle ?

Le javanisme ou Kejawen

Dans le temps de Papa Chef, l’identité culturelle se définissait par le « javanisme » ou le Kejawen en javanais.
Cette notion est essentiellement la vision du monde que Papa Chef et les Javanais de Sinnamary mettaient en pratique : la recherche du Rukun par l’entraide Gotong Rojong, la coopération et le rituel Slametan qui rétablit l’harmonie entre les personnes et le monde surnaturel.
Par la pratique de l’ascétisme et de la méditation, Papa Chef assumait des pouvoirs mystiques qui lui permettaient de maintenir des attitudes cordiales et visait une paix intérieure, le Slamet, même dans les conflits.
L’incarnation des ancêtres en lui-même les jours de son anniversaire étaient pour lui une rencontre mystique avec le Dieu qu’il nommait Bouddha, mais qui pouvait prendre d’autres noms. Une pratique que les études islamiques indonésiennes rapprochent de la pensée soufie qui est présente en Indonésie depuis très longtemps.
C’est toutefois en reprenant contact avec le Surinam que cette identité est maintenue et développée.

L’essor public de la culture indonésienne au Surinam

Si, à l‘occasion, les Javanais de Guyane ont exposé publiquement leur identité nationale surtout pour la fête de l’Indépendance de l’Indonésie, le Kejawen était surtout une chose privée. Il leur est déjà arrivé, au début de leur immigration à Perkima, de recevoir la visite de musiciens et d’un orchestre de Gamelan grâce au Commissariat d’Indonésie au Surinam. Ce fut la seule fois, je crois.
Mais au Surinam, les Javanais ont pris conscience qu’il fallait participer au même titre que les autres ethnies et nations minoritaires à l’imaginaire du pluralisme culturel institutionnalisé. Cela se traduisit par la recherche de moyens pour communiquer publiquement la meilleure image possible de leur identité culturelle.
Deux institutions travaillent à combler le vide que l’assimilation et l’acculturation étaient en train de créer.

Ambassade d’Indonésie de Paramaribo

L’ambassade indonésienne fait la promotion de la culture indonésienne depuis 1995. Elle travaille à renouer des liens entre la minorité du Surinam et leur pays d’origine. Elle contribue à diffuser la présence indonésienne à la radio et à la télévision. Elle fait don d’instruments de musiques pour les Gamelans et offre divers cours de langue, d’art, de théâtre d’ombre et de dance classique de Java.

Le VHJI

Le VHJI (Vereniging Herdenking Javaanse Immigratie ) est une «association pour la mémoire javanaise».
Depuis 1985, ils font la promotion de l’histoire des Javanais du Surinam et de leur culture par des cours de langue, de dance et de chant traditionnel, le Batik, les arts martiaux javanais, etc. Ils organisent aussi des expositions d’art et des commémorations.
D’autres associations de promotions culturelles regroupent des Javanais intéressés à redécouvrir la « Javanéité » traditionnelle du Kejawen : http://www.angelfire.com/folk/fedjavsur/
Réseaux sociaux
La promotion de la culture javanaise est également présente sur les réseaux sociaux
Ce site parle de la diaspora en Hollande et dans le monde et informe sur les pratiques culturelles.
Danses javanaises à Moengo
Voir commémoration 2012
Art javansie au Surinam
Facebook monde javanais
Sites divers

Lectures

Pamela Allen (2015) Diasporic representations of the home culture: case studies from Suriname and New Caledonia, Asian Ethnicity, 16:3, 353-370, DOI: 10.1080/14631369.2013.853544
Suparlan, Parsudi. The Javanese in Suriname: Ethnicity in an Ethnically Plural Society. TempeArizona State University, 1995
Scan_20170920
Anne-Marie de Waal Malefijt, «The Javanese of Suriname, Segment of a Plural Society », Préface de Margaret Mead, Assen, Van Gorcum & C°, 1963, x-192 p.,
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4 réflexions sur “Identité et développement culturel javanais au Surinam

  1. Bonjour
    J’ai découvert votre site par hasard par des chemins que seul Internet permet.
    Le départ était une curiosité sur mes origines.
    J’avais déjà vu quelques photos que vous aviez posté sur Facebook dans la vie en Guyane n’osant croire en l’existence d’une trace photographique de notre communauté.
    Ce blog est plus que je n’aurai pu espérer et donne réponse aux questionnements sur l’origine de notre diaspora.
    Oui comme vous l’avez deviné je suis descendante de javanais. Nous ne faisions partie d’aucun groupe d’immigration du Surinam mais la relation au reste de la communauté était très forte.
    Mes parents et moi sommes arrivés en Guyane Française en 1965 il me semble (à 3 sur un scooter pour l’anecdote)
    J’ai connu Papa Chef et c’était une autorité, une référence morale et culturelle .
    Je vous remercie pour vos recherches et vos témoignages et leur partage.
    Je vais de ce pas me procurer votre livre et le confronter à mes souvenirs.
    Avec émotion et bien cordialement

    Rira Durand

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    1. Chère madame, je suis enchanté de votre réaction et j’espère que vous pourrez aider à diffuser ces éléments d’histoire de gens oubliés . Vous pouvez, si vous le désirez recopier le site et l’imprimer pour votre usage. L’arrivée de vos parents en scooter est toute une histoire. Vous pouvez aussi ajouter des souvenir sur le F.B.

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