5 Le village de l’Ilet Awara

Le nouveau village Awara
La solution aux problèmes du Village Perkima a été de déménager toute la communauté à un nouvel emplacement : l’Îlet Awara. Cet aire isolé couvre environ 50 hectares et est clairement délimité par une anse fluviale du fleuve Sinnamary dont les deux branches sont réunies par un canal, le canal Rémy, d’environ 5 m par 625 m et qui justifie le nom d’Îlet.

CANAL RÉMY
 

Défrichage

La surface de l’îlet était couverte d’une forêt avec de nombreux palmier Awara (1) qui a donné son nom au village. L’établissement javanais n’occupe que vingt hectares des 50 de l’îlet qui ont été graduellement défrichés durant la période de 1960 à 1963.

Palmier Awara
L’emplacement du village a été dégagée à la main, sans aide mécanique, en coupant les grandes herbes et les broussailles au sabre et les arbres à la hache. On racontait comment l’entaille des petits arbres n’était faite qu’à demi, car la chute des plus gros les emportait. Les gros arbres étaient orientés de façon à tomber parallèlement les uns aux autres afin qu’ils n’entravent pas l’accès et l’utilisation ultérieure des champs transformés en rizière. Les herbes et les troncs étaient laissés à sécher au soleil pendant quelques jours pour faciliter le brûlis.
Ce travail est considérée par tous comme ayant été extrêmement harassant; ils se blessaient les pieds sur les épines d’Awara et rencontraient souvent des serpents.
Accident dans la rizière de Ibu, épouse de Papa Chef
Lors d’une grosse pluie, je tombe à côté d’un anaconda gros comme cela (15 cm de diamètres. Je chante un chant bouddhiste «Je t’ai déjà dit de fermer ta bouche je te demande de partir» et le serpent est parti.

Aménagement

L’Îlet Awara comprend 24 maisons et des bâtiments secondaires tels que des petits poulaillers et des remises. En général, chaque maison est entourée d’un potager d’une superficie variant de 0.5 à 1.5 hectare. Un chemin de terre sablonneuse traverse en longueur la surface défrichée et communique avec l’extrémité de la rue principale du bourg de Sinnamary.

Pancarte annonçant Village Indonésien ( Page ville Sinnamary
L’impression générale qui se dégage du premier contact avec le village est d’ordre et de propreté. La symétrie des cultures de manioc, les nombreuses fleurs plantées près des maisons et les arbres fruitiers, manguiers, orangers, avocatiers, créent une atmosphère qui le différencie des autres villages guyanais.
Les premiers signes de cette particularité viennent à la vue dès qu’on aborde le chemin du village .
Quelques affiches peintes en bleu, blanc et rouge indiquent le lieu de la maison du chef : « Colonie Indonesia Agricolteur de Sinnamary R.F.».

Panneau de l’entrée de la maison du chef du village
Située à l’entrée du village, avant le pont et hors de l’Ilet, la maison de Papa Chef sert à la fois de résidence et de restaurant.
On y entre par une petite cour de terre sableuse à laquelle on accède après avoir traversé un petit pont qui enjambe un fossé.
Au centre de cette cour, entre des pierres blanches, des fleurs et un oranger, une cage contenant habituellement de petits animaux captures vivants tels des perroquets ou des iguanes; au fond, la maison du chef, à la devanture ouverte et aux couleurs nationales françaises.
Elle fut achetée d’un Guyanais et agrandie d’une pièce juxtaposée à l’avant de la maison.Les murs de cette salle sont à mi-hauteur d’homme et avait déjà servi pour la construction d’un kiosque javanais à l’exposition agricole de Cayenne en 1960.
Le canal est traversé par un petit pont de bois de 5 m par 8 m près duquel sont amarrées quelques pirogues appartenant à des Javanais et des Guyanais qui s’en servent pour pêcher sur le fleuve. Le chemin est jalonné par des pylônes de ciment qui distribuent l’électricité depuis environ deux ans et, de part et d’autre, par d’étroits sentiers de 10 à 30 m de longueur qui mènent aux habitations.

Chemin du village

Plan du Village

Note manuscrite du plan du village et des familles javanaises
Les habitants reconnaissent un certain point central au village et s’y réfèrent en tant que le « milieu » et parlent du « fond » lorsqu’ils l’outre-passent. On y trouve successivement une petite maison d’accueil, une usine de décorticage du riz, une pompe à eau et un emplacement réservé pour une mosquée.
L’aménagement de la maison d’accueil ne fut terminé que vers la fin de notre séjour; elle appartient au chef qui la mettra à la disposition d’éventuels immigrants en attendant qu’ils puissent construire leur propre maison.
Le hangar de l’usine de décorticage appartient à la collectivité javanaise mais les machines qu’il referme sont propriété de la commune.

Accès à l’eau potable

La pompe à eau n’est utilisée que pendant la saison sèche par les familles qui n’ont pas l’eau courante.
L’eau de pluie est recueillie dans des barils placés sous les gouttières des maisons. Malgré les larves de moustique qui y vivent, on s’en sert pour boire et pour préparer la nourriture. Un baril spécial peut être réservé pour l’eau de la douche dont on se sert à profusion à l’aide d’une boîte de conserve pour s’en verser sur la tête.

Baril d’eau
Des latrines sèche sont habituellement placées à 5 ou 6 m de la maison. Elles sont fabriquées d’une petite plateforme au dessus d’ un baril métallique qui reçoit les fèces. Ce réservoir est sorti du trou lorsqu’il est presque plein et on ajoute aux fèces une certaine quantité d’eau. Le baril est recouvert et laissé à reposer pendant plusieurs jours. On utilisera le ferment devenu inodore pour fertiliser certaines cultures.

Vestige de la mosquée

Le terrain vacant, adjacent à la pompe à eau, a déjà été utilisé par un spécialiste religieux musulman qui y avait fait construire une maison rituelle, une mosquée appelée la « petite mecca « . Mais après sa mort, les intempéries et le manque d’entretien détériorèrent la maison qui fut, plus tard, démolie. Cet emplacement est toujours réservé pour une éventuelle reconstruction d’une maison rituelle.
Trois maisons, construites par des Javanais, appartiennent à des Guyanais et leur vente a créé un remous social dans le village. En effet, les Indonésiens, ayant défriché l’aire occupée de l’Ilet Awara, considèrent que celle-ci doit être réservée à leurs compatriotes. La vente de ces maisons (2, 16 et 19 dans la carte) eut lieu sans le consentement ni du chef ni des Javanais du village, qui tentent par des pressions auprès du gouvernement d’expulser les Guyanais qui « peuvent emporter les maisons mais non la terre des Indonésiens ».
L’un des propriétaires guyanais s’est construit une autre maison derrière la maison javanaise qu’il a achetée et qui est actuellement inhabitée. Les deux autres maisons sont propriété d’un autre guyanais qui ne les habitait pas au moment de l’étude mais procédait à des altérations. Il avait entouré le terrain de l’une de ses maisons d’une clôture qui suscitait un certain mépris de la part des Indonésiens qui y voyaient une brèche à leur esprit communautaire.

Types de maisons

Le modèle de base est une une »case » ou « pina-hut » comme on dit au Surinam. Rapidement construites à l’aide de matériaux naturels, ces « cases » furent les premiers abris des immigrants. Elles sont constituées de quatre murs en latte de palmier pinot, d’un plancher de terre battue et d’un toit de tôle. Elles n’ont qu’une petite pièce sommairement divisée par des filets à moustiques qui isolent l’emplacement utilisé pour dormir.

Case de pinot
Ces cases sont d’un coût minime puisque bâties de matériaux trouvés sur place. Deux maisons seulement étaient essentiellement de ce type et abritaient des hommes vivant seuls, l’un d’eux nous ayant d’ailleurs révélé qu’il se satisfaisait de cette case puisqu’il n’avait ni femme ni enfant à entretenir mais que dans d’autres circonstances il en eût été autrement.
Le second type est le plus fréquent et comprend seize maisons qui ressemblent, selon leur dire, aux maisons rurales de l’île de Java.
La caractéristique principale de ces maisons, dites javanaises, est qu’elles sont fabriquées de planches, d’environ 1 m 50 à 2 m de longueur, placées horizontalement les unes légèrement appuyées sur le rebord interne des autres.
Cette disposition laisse un jour qui facilite l’aération tout en protégeant de la pluie. Malgré cet élément d’unité dans l’architecture des maisons de style javanais, celles-ci diffèrent selon la taille, selon qu’elles soient sur pilotis ou directement sur la terre, selon qu’elles ont un ou deux étages ou selon qu’on y ait annexé la vieille case de pinot.

Maison traditionnelle aux planches horizontales
En général le plancher est en bois et le toit en tôle qui protège mieux de la pluie mais qui aux heures de forte insolation produit un effet de serre-chaude sur l’atmosphère de la maison.
Le troisième type de construction, tout-à-fait récent, est habité par de jeunes couples et est situé sur des petits lopins (10 x 20 m) loués à des propriétaires javanais.
Ce sont des maisons cubiques, fabriquées soit de contre-plaqués soit de planches verticales. La finition intérieure est beaucoup plus élaborée que dans les types précédents. Elles sont par contre relativement dispendieuses, donc peu nombreuses (trois), et sont l’objet de l’envie des autres jeunes gens.
Cependant, les personnes plus âgées du village, plus conservateurs, n’aiment pas beaucoup leur apparence extérieure et les jugent trop chaude car les murs verticaux ne permettent pas l’aération comme les maisons de type javanais.

Ameublement

L’ameublement des maisons varie selon les revenus de la maisonnée, mais on y trouve généralement un mobilier de fabrication artisanale.
Les lits, appelés amben, sont en lattes de « pinot » tressées, de 2 par 4 mètres de surface, hauts d’environ 30 cm, et recouverts de nattes de sisal. Habituellement l’un de ces lits est placé près de la porte principale. Certaines familles ont aussi des hamacs qui sont utilisés au besoin.
Dans la cuisine on trouve une table, des bancs ou des chaises, des tablettes et l’adah gabah (boites de réserve de riz); divers articles ménagers tels que pilon et mortier, balais, chasse-mouches, paniers et nattes complètent les objets de fabrication domestique.
Le mobilier acheté « tout fait », consiste souvent en une armoire à vaisselle, une lingerie, un petit poêle à combustible et, parfois, on se permet le luxe d’avoir une radio ou un ventilateur.

Mobilier
L’utilisation de l’espace intérieur des maisons diffère selon le nombre de personnes qui y vivent, les biens et l’heure du jour. Malgré cette variabilité, nous pouvons distinguer deux secteurs dans toutes les maisons: un lieu de séjour et une cuisine.
C’est dans la pièce de séjour que l’on reçoit les visiteurs qui se déchaussent avant d’entrer. Quelques instants à peine après être introduit à la maison , on leur offre du thé chaud et très sucré, ainsi que des cigarettes roulées à la main, contenant des clous de girofle.
Cette partie de la maison contient habituellement une table, des bancs, un amben et d’autres meubles. La décoration consiste en des photos « souvenir », celle d’un fils marié, et des gravures. Le plus souvent un portrait du président Sukarno et des représentations de danseurs javanais ou un calendrier orné de la figure d’une jeune indonésienne ou d’une chinoise.

Décorations

Cuisine

La cuisine, adjacente à cette pièce, est généralement constituée par l’ancienne case de pinot. Elle contient les instruments de cuisine: un foyer, une table, des ustensiles, des réserves de nourriture, etc. Le feu principal vient dans un four de pierres placé dans un coin, près d’une porte de sortie donnant sur la cour arrière de la maison.
Ce four sert surtout pour la un petit réchaud à alcool, à un ou cuisson du riz à la vapeur. De plus deux feux, sert pour les cuissons plus rapides telles que les légumes et le poisson.
Sans généraliser, il semble que l’heure des repas ne soit ‘jamais fixe, surtout si la famille compte des enfants. La mère prépare, le matin, peu de temps après le lever, la quantité de riz nécessaire pour tout le monde durant la fournée.
Le père mange seul, tandis que les enfants se servent eux-mêmes de riz qu’ils iront manger où bon leur semblera: dans la cuisine, la salle à manger ou dehors sous un arbre.
Le riz est souvent assaisonné d’une pâte de piment rouge et additionné de poisson frit et de quelques légumes. Le riz est vraiment la nourriture préférée. On le mange trois fois par jour, certains considérant « qu’un repas sans riz n’est pas un repas mais une collation ».
Des jeunes, qui vont étudier dans des institutions cléricales françaises, remarquaient d’ailleurs que l’habitude la plus difficile qu’ils eurent à modifier, fut de remplacer le riz par le pain, celui-ci n’étant que rarement consommé dans leur famille.
Pendant la journée, les lits sont utilisés pour la sieste, pour le travail artisanal et les jeux des enfants. La nuit, lorsque les enfants sont nombreux, on recouvre le plancher de nattes pour suppléer au manque d’espace. Parfois, une mince séparation isole les parents. Il est à noter que les deux secteurs peuvent servir de chambres à coucher.
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