3 La population immigrante

Il y eut plusieurs recensements des immigrants Indonésiens à Sinnamary entre 1955 et 1968. Cette synthèse provient de sources variées: recensements effectués par l’adjudant commandant de la Gendarmerie Nationale de Sinnamary, documents de la mairie de Sinnamary, registres personnels du responsable de la colonie et des relevés du Commissariat Indonésien de Paramaribo. Enfin, mon recensement personnel sur place dans le cadre de mon projet de biologie humaine.

Kampong Perkima et Awara à Sinnamary

A leur arrivée dans la commune de Sinnamary, les immigrants ont fondé un village rizicole, le « Kampong Perkima ». Installés dans la savane, près de la route à l’entrée de la ville de Sinnamary, ils ont ensuite déménagé dans une nouvelle aire, l’ Îlet Awara situé un peu à l’écart de la ville. Les informations démographiques concernent ces deux lieux.
Il faut signaler qu’avant 1955, 13 familles javanaises ont vécu à Crique Jacques dans la région de Mana. Leur implantation avait été patronnée par le BAFOG (Bureau Agricole et Forestier Guyanais) qui avait effectué des travaux de nivellement et de drainage. Cet organisme avait financé l’entreprise qui prit fin avec la cessation des subventions. Parmi les familles qui restèrent en Guyane certaines vinrent rejoindre le groupe de 1956 et d’autres partirent à Cayenne.
Un tableau synthèse permet de rendre compte de la taille de la population immigrante indonésienne entre 1957 et 1968.

Population immigrante Indonésienne

Description démographique des immigrants

Entre 1955 et 1968, il y aurait eu un total de 298 personnes d’origine indonésienne qui sont venus du Surinam en Guyane.
Les premiers immigrants indonésiens à s’installer dans le secteur de la commune de Sinnamary arrivèrent le premier décembre 1955, mais les entrées principales furent en janvier et mai 1956, (en tout 118 personnes) et en mars et octobre 1957 (71 personnes).

Nombre d’individu à Sinnamary
Ce diagramme représente le nombre d’individus installés à Sinnamary entre 1955 et 1968. Il n’englobe que 237 entrées sur un total de 298; les dates d’arrivée des autres individus n’étant pas connues. Les nouvelles arrivées se sont ensuite poursuivies à très faible dose jusqu’en 1968.

Population de la Guyane en 1954
À partir de 1958, l’arrivée de Javanais dans la commune de Sinnamary a donc rapidement diminué même s’il y a a eu une légère reprise avec l’ouverture du village de l’Îlet Awara.
Entre 1961 et 1963, la moitié de la population avait déjà déménagée et en 1967, le premier village était chose du passé.

Pyramide des âges des immigrants indonésiens.

La répartition selon l’âge et le sexe de cette population donne la pyramide suivante:

Pyramide des âges
Nous pouvons observer trois segments différents : les 40 ans et plus qui sont nés en Indonésie, les jeunes travailleurs 15 à 40 ans nés au Surinam et les 0-15 ans, nés en Guyane.
Parmi les plus âgés,une douzaine de personnes étaient nés avant 1900 (le plus vieux est né en 1898) et une vingtaine entre 1900 et 1930.

Lieux de naissance et âges
Le second segment présente un déséquilibre entre les sexes qui s’explique principalement par l’entrée de jeunes hommes immigrants du Surinam et par la néo-localité de jeunes femmes qui partent ailleurs avec leur mari. La décroissance des hommes entre 20 et 40 ans résulte principalement de l’exode rural de la population active cherchant du travail en dehors de la communauté.
Le troisième segment, les enfants de 0 à 15 ans se caractérise par la montée d’une nouvelle génération de Javanais nés et éduqués en Guyane Française.
Cette pyramide des âges justifie la question soulevée précédemment par le Préfet concernant la composition de la force de travail. Il est vrai qu’il y a plusieurs personnes âgées nés à Java qui sont venus en Guyane chercher le moyen de réaliser leur rêve de retour chez leurs ancêtres de Java. Mais, on voit également, que la réponse du délégué indonésien s’occupant de la migration est également justifiée : il y a une main-d’œuvre jeune suffisante pour appuyer les objectifs économiques de la communauté. Cela, sans mentionner, l’éthique du travail et le sens de l’organisation du groupe sous la direction de leur Chef.
Cette pyramide des âges et des sexes reflète la composition des maisonnées indonésiennes ayant immigré à Sinnamary.

Composition des maisonnées

Les 298 immigrants vivaient en famille, la « SOMAHAN », terme qui correspond à la notion an­thropologique de maisonnée : ensemble de personnes habitants une même résidence. En tout, depuis le début de l’immigration indonésienne, 90 familles se sont transplantées à Sinnamary en 13 ans d’immigration. Leur taille varie beaucoup comme l’indique ce tableau.

Maisonnées
Ces maisonnées sont de trois grands types, la famille nucléaire, la famille étendue et la famille segmentée qui sont représentés ainsi :
1) Familles nucléaire : couple avec ou sans enfants
a) Sans enfant 7
b) Avec enfants non-mariés 5
c) Avec enfants de fils séparé 1
d) Avec enfants et enfants de fille séparée 1
e) Avec enfants et pensionnaires non-mariés 1
f) Avec une famille de procréation pensionnaire 1
2) Famille étendue : deux ou plus familles sous le même toit
g) Une famille nucléaire avec la famille d’un-fils 2
3) Famille segmentée : un seul individu dans la maison
h) Homme seul, veuf ou séparé 2
Total : 20 familles
Nous constatons la prédominance de familles nucléaires (Père-mère-enfants ) mais dont près de 40% n’ont pas d’enfants avec eux. Ces couples sont des hommes et des femmes nés à Java et certains ont déjà eu des enfants qui sont demeurés au Surinam.
Les maisonnées (c) et (d) comprennent des familles nucléaires additionnées d’enfants d’un fils ou d’une fille séparé. Cette situation résulte de l’instabilité des mariages coutumiers qui peuvent avoir lieu entre garçons et filles de 13 à 18 ans, certaines alliances pouvant ne durer que quelques mois.
Dans un cas, un garçon du village avait épou­sé sa voisine et le couple alla vivre à Cayenne. Trois mois plus tard, la jeune fille revenait au village, sa valise à la main. Elle regagna le foyer paternel.
Toutefois, si l’al­liance persiste un an ou deux et si les jeunes époux ont des enfants au moment de la séparation, ceux-ci sont adoptés par les parents de l’un ou l’autre des conjoints. Ces premières alliances peuvent aussi être suivies d’une résidence pa­trilocale (quand le couple est installé chez le père du mari) comme le suggère les maisonnées de type famille étendue (g).
Les maisonnées (e) et (f) témoignent de l’immigration récente qui se poursuit. Ces pensionnaires sont des immigrants qui résident dans le village en attendant soit de trouver un emploi en Guyane Fran­çaise ou de terminer un contrat de travail à la base spatiale de Kou­rou. Ce sont des jeunes de 18 à 25 ans qui n’envisagent pas de s’éta­blir en permanence dans le village dans les conditions actuelles.
Le troisième type de maisonnée est composé de familles segmen­tées dans lesquelles un veuf ou un homme séparé vit seul.
Cette description de la population immigrante indonésienne montre que ce sont surtout des familles issues du premier groupe d’arrivant qui, 13 ans plus tard, maintiennent toujours la communauté en place.
Les plus âgés ont pris leur retraite de la riziculture mais continuent à être des artisans actifs et cultivent des jardins dont ils peuvent vendre les produits, quelques familles plus jeunes perpétuent la production de riz alors que les jeunes gens ont des emplois salariés ou des commerces.
A travers ces transformations, la population du village s’est réduite de beaucoup en douze ans, perdant près de la moitié du nombre initial de ses membres. En 1968 il ne restait plus que 89 personnes résidantes permanents dans le village Awara. Plusieurs autres familles s’étaient installées ailleurs en Guyane mais revenaient souvent visiter leur parenté à Sinnamary.

Estimé des Javanais en Guyane en 1968
Cette dispersion familiale démontre le niveau important de l’intégration individuelle des Javanais à la société guyanaise qui compte sur leur initiative personnelle au lieu des actions groupées sous la direction d’un leader charismatique.
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