1 De Java au Surinam

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Le Surinam, un pays d’Amérique du Sud et l’Indonésie situé en Asie du sud-est ont été deux colonies hollandaises. Profitant de cette situation, les planteurs du Surinam ont voulu recruter une main-d’œuvre agricole pour suppléer aux travailleurs d’origine africaines qu’ils ne pouvaient plus maintenir en esclavage depuis son abolition en 1863.
Les Javanais au Surinam
Le système de plantation constituait le principal mode de production agricole durant tout le XVIIIe siècle dans les colonies européennes du monde. Il s’agit de vastes entreprises agricoles basées sur la monoculture comme la canne à sucre, le coton, le café et beaucoup d’autre produits voués à la vente sur les marchés mondiaux contrôlés par la métropole coloniale.
Dès 1634, les Anglais dirigeaient au Surinam des plantations esclavagistes pour produire du tabac et leur remplacement subséquent par des colons hollandais ne changea pas grand-chose à la situation économique du pays.
Arrivés dans la région caraïbe vers 1595, les Hollandais ont obtenu le contrôle du territoire du Surinam vers 1674 en échange de New York (qui s’appelait New Amsterdam) après que des guerres coloniales avec l’Angleterre eurent aboutit à un traité de paix.
Rappelons que la France à elle-même échangé avec les Anglais, sa colonie du Canada pour la paix en Guyane et aux Antilles.
Des entreprises coloniales comme la « Compagnie Hollandaise des Indes Occidentales » ont continué à importer comme des marchandises des milliers d’esclaves Africains pour soutenir leurs plantations de sucre, de tabac, de coton et de café. En 1775, le Surinam comptait quelque 5,000 Européens et 75,000 esclaves africains.
L’esclavage ayant été aboli en 1863, les planteurs durent chercher une nouvelle main-d’œuvre bon-marchés pour suppléer aux esclaves. Comme en Guyane, ils ont, en grand nombre, vus dans la ville de meilleures chances de progrès économique alors que d’autres, ont préféré devenir de petits paysans autonomes en exploitant des abattis.
De plus, la situation économique de l’industrie du sucre du Surinam ne pouvait plus assumer la compétition de l’industrie du sucre de betterave de l’Europe et des U.S.A. qui produisaient du sucre à meilleur marché que les planteurs du Surinam.
Enfin, la construction du canal de Suez en 1869 ouvrit l’Extrême-Orient aux commerçants européens et menaçait le monopole hollandais sur l’Indonésie.
Comme il était interdit de recruter des travailleurs en Indonésie, ils étaient réservés pour les employeurs locaux qui ne voulaient pas de rivaux, les planteurs surinamiens firent venir des paysans de l‘Inde pour travailler comme « Cheap Labor » sur leurs plantations.
Ceux-ci sont rapidement venus en grands nombre et le gouvernement de la colonie surinamienne ne voyait pas d’un bon œil que des « Anglais » deviennent majoritaire, la rivalité avec l’Angleterre étant toujours menaçante. De plus, le mouvement d’indépendance en Inde menaçait à la source le recrutement de travailleur agricoles dont les contrats étaient contestés tellement leurs conditions étaient exécrables.
Devant la situation politique incertaine de l’Inde les planteurs surinamiens ont pu finalement accéder aux travailleurs indonésiens même si le ministre hollandais des colonies doutait sérieusement que les javanais pourraient s’adapter aux conditions de vie difficile des plantations du Surinam où même, les africains réputés physiquement résistant souffrait beaucoup.
Les richesses de l’Indonésie étaient exploitées par la « Compagnie des Indes Orientales » et elle fut utilisée pour recruter des Indonésiens pour travailler sous contrats au Surinam.
Il était évident pour les coloniaux que, si tout se passait entre gens de la même « nation » hollandaise, les choses pourraient aller beaucoup mieux qu’avec des « étrangers » anglais. Ainsi, entre 1891 et 1939, près de 33, 000 Javanais immigrèrent sous contrat en Guyane hollandaise.
Le recrutement à Java fut octroyé à d’entreprises privées locales qui devaient avoir une licence spéciale
Le profit de ces recruteurs dépendait du nombre de contrats signé, plusieurs stratagèmes illégaux ont donc été utilisés pour piéger les gens au point qu’ils ont dû, en 1914, signer une ordonnance de bons offices, c’est-à-dire de respecter les conditions des contrats sans que les stratagèmes ne cessent.
Par exemple, certains furent poussé à jouer aux cartes jusqu’à ce qu’ils perdent tellement d’argent qu’ils durent s’engager pour fuir. On promettait à des jeunes filles des emplois domestique dans une ville voisine mais elles finissaient sur un bateau pour Amsterdam puis au Surinam. Nombreux sont ceux qui croient même avoir été ensorcelés pour être amenés à signer un contrat de travail.

Le contrat de travail servile des Javanais au Surinam

Trois clauses principales définissaient les conditions de vie des immigrant :[1][i]
1) Le travailleur devait fournir 7 heures de travail agricole ou 10 heures de travail industriel, six jours par semaine pendant 5 ans. Les hommes de plus de 16 ans recevaient 60 centimes par jour, les fermes et les enfants de moins de 10 ans étaient payés selon leur capacité de travail.
2) Pendant les 3 premiers jours de séjour, les travailleurs recevaient des denrées alimentaires qu’ils devaient rembourser. Par contre, on promettait qu’ils étaient soignés et logés gratuitement pendant la période couverte par le contrat.
3) Après l’échéance du contrat, les travailleurs conservaient un droit de rapatriement dont les frais étaient couverts. Ceux qui renonçaient à leur droit de rapatriement, obtenaient un lot et une somme de 100 « guilders » ou Florins , une petite somme, même pour l’époque.
Les 2/3 des immigrants profitèrent de la dernière clause du contrat et seulement 7,634 personnes furent rapatriées entre 1897 et 1938. Mais comme le dit Kroef (1951: p. 674):
« Il est rare qu’un Indonésien ait décidé de rester parce qu’il aimait le pays. »
En fait, les travailleurs javanais, ayant eu à assurer les frais de leur entretien, s’étaient endettés et ils durent renoncer à retourner dans leur pays d’origine. La majorité des immigrants se voyaient ainsi liés à la terre surinamienne par nécessité plutôt que par goût.
Ils devinrent, après leur contrat, de petits agriculteurs liés à l’économie marchande par la vente de riz et de poissons et par le travail salarié tant en ville qu’en zone rurale.
La minorité javanaise au Surinam: une mise en ghetto ?
Cette population est devenue une minorité ethnique défavorisée de la Guyane Hollandaise. Les barrières économiques, linguistiques, religieuses et sociales ont isolées les Javanais des autres groupes.
Cette distinction ethnique s’est construite sur les divergences tant du point de vue physique que socio-culturel avec les autres groupes ethniques:[ii]
« Les Javanais sont clairement à l’écart de leurs voisins au Surinam; ils diffèrent par leur structure sociale, leur langue, leur religion et par l’orientation de leurs valeurs. Ces différences sont constamment visibles par leur apparence physique et leurs coutumes vestimentaires. N’importe qui peut reconnaître qui est Javanais et qui ne l’est pas, tant les Javanais que les autres groupes ethniques.
… les changements causés par le contact avec les autres cultures du Surinam sont minimes, l’aspect traditionnel de leur culture prédomine. » (Traduction libre de Malefijt: 1963, p. 188-189.)
Néanmoins, la vie socioculturelle des Javanais au Surinam est bien différente de celle en Indonésie.

Un statut social subalterne

Les travailleurs contractuels javanais qui immigrèrent au Surinam provenaient des groupes sociaux les plus défavorisés de l’île de Java, surtout des paysans démunis alors que les commerçants, les fonctionnaires et les classes dirigeantes demeurèrent à Java.
La hiérarchie sociale traditionnelle de Java ne pouvait donc pas se retrouver au Surinam ou la grande majorité des immigrants se sont installés dans des villages pour travailler dans les plantations. Cette appartenance rurale les démarquait des autres groupes plus urbanisés.
Les villes du Surinam étaient vu comme « dangereuses » et les Javanais craignaient et se méfiaient de leurs habitants Créoles et Hindoustanis parmi lesquels ils croyaient reconnaître de nombreux « bandits ».
De l’autre côté, les groupes urbains identifiaient les Javanais à leur occupation agricole et à leur peu d’instruction. Kroef (1) rapporte des expressions qui en témoignent:
« Que faites-vous en ville? Retournez planter du riz à la campagne ! Vous ne connaissez rien. Vous êtes arrivés ici avec un placard autour du cou ».
Des urbains qui oublient leur propre origine mais qui voit immédiatement la marque de statut social inférieur de ceux arrivés avec le nom de la plantation édit sur un placard.
Relégués au bas de l’échelle sociale, les javanais étaient les plus défavorisés parmi les immigrants ; leurs revenus étaient les plus bas et ils étaient les moins scolarisés. Excepté pour les Amérindiens et les Bushinenge, en 1951, sur un total de 38,000 Indonésiens, une dizaine de personnes avaient mené à bien des études secondaires.
Il n’y avait qu’un seul professeur d’école javanais, quelques petits fonctionnaires, mais aucun membre des professions libérales.
Kroef (1951: p. 675) interprète ce bas niveau de scolarisation par le fait que les travailleurs contractuels javanais, de par la nature provisoire de leur séjour en tant que contractuel en Guyane Hollandaise, ne sentirent pas le besoin d’entreprendre des études orientées vers des fins adaptées aux besoins européens et urbains. De plus la politique des autorités hollandaises ne les encourageait pas à utiliser les quelques facilités d’éducation dont ils auraient pu profiter.
Après la fin des contrats, la majorité des Javanais sont demeurés dans des régions rurales où ils ont pratiqué une agriculture de subsistance. Leurs revenus les plus importants résultant de la vente de leurs surplus de production rizicole étaient faible même pour cette époque. (de l’ordre de 600 à 800 Francs par année.)
Dans ce contexte, les Javanais auraient conservé un statu quo culturel dont le pouvoir intégrateur fut renforcé par leur statut social défavorisé.
Toutefois, un petit nombre de jeunes gens nés au Surinam ont délaissé les schèmes culturels traditionnels de leur parents pour s’insérer individuellement au prolétariat urbain.
Ils s’opposaient à l’autorité coutumière et leurs intérêts économiques se sont déplacés de l’agriculture vers le travail industriel salarié. Leurs principales sources d’activité furent les métiers de la construction, le travail de journalier dans les mines et les usines de bauxite.
Si cette génération est devenu relativement indifférente vis-à-vis de l’Indonésie les plus âgées suivent en général les développements de la politique indonésienne. Ils conservent la nationalité indonésienne qu’ils ont acquise lors de l’établissement de relations diplomatiques entre Paramaribo et Jakarta après les indépendances nationales.
L’intégration au milieu ouvrier surinamien a constitué donc une première alternative au statu quo socioculturel.
Une autre alternative fut d’émigrer hors du Surinam, en Guyane française voisine.
[1]
J. M. Von Der Kroef, The Indonesian Minority in Surinam, Ann. Soc. Review, 1951, vol. 16, pp. 672-679.
[ii] A. DeWall Malefit, 1963 The Javanese of Surinam, Assen, Van Gorcum & Co., 206 p.
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