2 Organisation de l’immigration

Le gouvernement du Surinam ne fut pas directement impliqué dans l’émigration des Javanais vers la Guyane. La majorité avait conservé la nationalité indonésienne au moment de l’Indépendance de l’Indonésie et du Surinam. Le gouvernement surinamien ne s’en considérait donc pas responsable.
Ce sont les représentants du Commissariat Indonésien à Paramaribo qui ont été les intermédiaires officiels du pays de départ. En Guyane Française, ce sont la Préfecture, le Maire de Sinnamary M. Verderosa et différentes agences tels les Services Agricoles qui ont été concernés.
Un mémo daté du 17/10/1955 écrit par une personne de nationalité Belge au maire de Sinnamary. Cette personne parlait le hollandais et devait aider un Javanais qui voulait être introduit à la préfecture par une personnalité en vue du département.
Ce Javanais « envoyé comme délégation » était patronné par le Commissaire de la République d’Indonésie au Surinam. Il était muni d’une lettre d’introduction du Préfet et proposait d’organiser l’immigration de certains de ses compatriotes du Surinam en Guyane pour y entreprendre la culture du riz.

Lettre de M. Paquay à M. Verderosa

Papa Chef et le Maire de Sinnamary, M. Verderosa

Après ces premiers contacts, les deux principaux acteurs de la migration sont le maire de Sinnamary, M. Roland Verderosa qui a géré l’implantation locale des immigrants et M. Danoesastro, mieux connu en tant que « Papa chef » des Indonésiens.
Papa Chef était le lien exclusif entre les différents paliers d’intervention et son groupe ; il avait appris suffisamment de français ou savais se faire aider pour assurer cette communication.
Quelques semaines après l’introduction du projet, Papa Chef écrit au Maire de Sinnamary alors Conseiller Général de Guyane. Cette lettre montre la prudence des autorités devant ce projet et on demandais des engagements officiels de la part des migrants.

21/11/1955 Lettre de Papa Chef à M. Verderosa
Cependant, une certaine confusion semblait exister entre le point de vue indonésien et celui des autorités françaises de Guyane.

Le point de vue guyanais

Le gouvernement guyanais semble avoir voulu tirer leçon des expériences passées d’immigration dans lesquelles, ni l’immigration individuelle ni l’immigration massive, n’avaient donné de résultats probants. Il lui fallait considérer que seul un regroupement d’immigrants voulant s’insérer dans une perspective de développement agricole serait rentable à long terme.
Un projet individuel
Les autorités guyanaises croyaient que l’émissaire Javanais voulait s’installer en Guyane à titre personnel avec un groupe d’agriculteurs indonésiens qu’il commanditerait personnellement. Il assurerait la commercialisation des produits par ses propres moyens et à son profit. Bref, ce qu’elles voyaient était la formation d’un noyau d’ouvriers agricoles spécialisés sous l’autorité d’un investisseur.
La préfecture était donc disposée à autoriser l’entrée en Guyane de « toutes les personnes sérieuses désirant s’installer à leur compte pour travailler l’agriculture.» Cependant, elle laisse entrevoir la possibilité d’une aide de l’État.

Lettre de M. Pierre Malvy (Préfet de la Guyane) à M. Le Commissaire de la république Indonésienne de Paramaribo 2/12/1955

Le point de vue Indonésien

Or, il est vraisemblable que les représentants javanais envisageaient une émigration plus substantielle. Un chargé de l’émigration du Consulat indonésien au Surinam écrivait :
« Ici, au Surinam, dans différentes plantations, c’est déchirant de voir ces familles qui veulent travailler mais que des salaires de famine découragent. Ici le système colonial est toujours en vigueur ».
Un autre parlait :
« …des milliers de mes compatriotes qui sont disposés à aller partout où ils auront l’existence meilleure ».
Le premier reprenait ainsi :
Ici au Surinam, les yeux et le cœur de tous les Indonésiens se dirigent vers Cayenne (la Guyane) tant agriculteurs qu’ouvriers spécialisés tels que charpentiers, maçons, mécaniciens, électriciens, chauffeurs, etc. »
Un projet collectif
On s’aperçoit qu’il pourrait s’agir de beaucoup plus que d’une émigration d’un quelconque entrepreneur et d’un noyau d’ouvriers agricoles sous ses ordres.
Le commissaire indonésien voyait une « émigration d’épreuve » d’une centaine de familles (500 membres) et que « …le désir des agriculteurs est très fort pour émigrer et ce désir pour transporter la famille restante grandira quand ce groupe premier est bien ».
La famille ici est entendu dans un sens figuré puis que les Javanais du Surinam conçoivent la parenté de façon extensive et deux personnes peuvent utiliser des termes de parenté pour s’identifier. (Malefitj, 1963, p. 82).

Ami de la diaspora
Seule la presse surinamaise mettait en garde les Javanais devant la possibilité que les conditions de vie en Guyane ne fussent pas meilleures qu’au Surinam.

Mécontentement des émigrants javanais
Le journaliste avait peut-être été mis au courant d’un certain mécontentement auquel le Maire de Sinnamary fait référence dans une lettre au Commissaire d’Indonésie .

1956 Lettre de M. Verderosa au Commissaire d’Indonésie
Ces opinions soulignent le fait que l’émigration hors du Surinam demeurait une alternative valable pour certains Javanais .

Conditions de l’émigration

Une première lettre du 19/12/1955 de M. le Commissaire de la république d’Indonésie du Surinam, informe le Maire de Sinnamary, M. Verderosa, de la liste des émigrés .
  « …la liste de noms d’Indonésiens qui ont l’intention de s’établir à Sinnamary : 11 familles existant pour 51 membres.Veuillez communiquer avec le préfet de Cayenne à cet  égard concernant les facilités d’entrée : visas et dépôts et contrôle douanier à St-Laurent. Tous ces hommes passeront un examen médical avant de partir. Nous pourrons arranger le transport de St-Laurent à Sinnamary. 3 à 5 jours avant le départ, je vous enverrai un télégramme »
Dans autre lettre du 24/12/1955, M. le Commissaire Soedarto Hadinoto au Préfet de Guyane considérait que, pour que la Guyane Française puisse concurrencer les autres pays d’immigration, elle devait offrir des conditions particulières.

Lettre du 24/12/1955, M. le Commissaire Soedarto Hadinoto au Préfet de Guyane
Ces demandes comprenaient également des exigences particulières :

Exigences pour l’émigration
Le 26/12/1955, le Préfet M. Malvy écrit à M. Verderosa pour lui dire que ces lettres du Commissaire le surprennent par leur précipitation apparente .
Le 15/02/1956 M. Verderosa écrit alors au Commissaire Indonésien de Paramaribo pour suggérer que Papa Chef s’occupe des immigrants arrivés et qu’il prépare le déplacement du second groupe.

15/02/1956 M. Verderosa au Commissaire Indonésien
Le 15/02/1956 M. Verderosa écrit au Commissaire Indonésien de Paramaribo pour suggérer que Papa Chef s’occupe des immigrants arrivés et qu’il prépare le déplacement du second groupe.

15/02/1956 M. Verderosa au Commissaire Indonésien
Le chargé de l’émigration au Commissariat d’Indonésie Paramaribo écrit à M. Paquay de Cayenne et répond aux inquiétudes du Préfet qui avait remarqué un déséquilibre des âges chez les migrants.

1956 chargé de l’émigration au Commissariat d’Indonésie

Le recrutement des immigrants

Avec l’aide des autorités du Consulat Indonésien de Paramaribo, « Papa Chef », avait recruté plusieurs candidats à l’émigration.
Au Surinam, il visite clandestinement les villages de ses compatriotes et leur propose d’émigrer en Guyane Française afin de réaliser leur rêve de rapatriement.
A ceux qui désirent retourner à Java, il dit que c’est là un bon moyen pour amasser l’argent nécessaire au voyage de retour. Aux autres, il explique que la terre y sera distribuée gratuitement et qu’un immigrant pourra devenir propriétaire d’un lot et pratiquer une agriculture plus profitable que celle qui est la leur au Surinam.
Après quelques voyages pour organiser l’émigration en Guyane Française, Papa Chef quitte le Surinam en 1956, avec sa femme, ses deux plus jeunes en­fants et les premiers contingents d’immigrants.
Il laissa sa maison et la plupart de ses biens entre les mains d’amis javanais, mais il empor­ta une ample réserve de riz, des plants d’arbres fruitiers, diverses graines, des animaux de basse-cour et un capital bijoux précieux appartenant à son épouse d’une valeur relativement élevée par rapport aux biens des autres.
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